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Transparence salaires tech par stack, région et expérience

La transparence salariale en tech progresse ? 4 579 offres disent le contraire

Publié le 2026-05-02 • Mots-clés:

La transparence salariale en tech progresse ? 4 579 offres disent le contraire

On lit partout que la transparence salariale s'impose dans la tech française. La directive européenne 2023/970 approche, les startups affichent fièrement leurs grilles sur Notion, et LinkedIn affiche désormais des fourchettes estimées. Le récit est séduisant. Sauf qu'il ne résiste pas à un tableur.

Nous avons passé au crible 4 579 offres d'emploi tech collectées fin avril 2026, issues de Welcome to the Jungle (2 854 annonces), France Travail (1 632) et d'autres sources publiques. Le constat est net : trois quarts des offres CDI ne mentionnent aucun salaire.

25,7 % : le vrai taux de transparence des CDI tech

Sur les 2 281 offres CDI identifiées sur WTTJ, 586 affichent une fourchette salariale. Le reste ? Silence radio. Et encore, ce chiffre inclut des fourchettes tellement larges qu'elles ne veulent rien dire — certaines vont de 60 000 à 180 000 euros, autant ne rien écrire.

Côté France Travail, c'est pire. Sur 1 632 annonces tech référencées, zéro n'affiche de salaire exploitable. Pas une seule. Pour un service public censé faciliter la recherche d'emploi, le score interpelle.

La semaine dernière, un recruteur m'a juré que "toutes les boîtes tech jouent le jeu maintenant". J'ai failli lui envoyer le CSV.

Les ESN, championnes de l'opacité

Le tableau ci-dessous parle de lui-même. Parmi les entreprises publiant au moins 10 CDI tech sur WTTJ, les plus gros recruteurs sont aussi les plus opaques.

Entreprise CDI publiées Salaire affiché Taux de transparence
Sopra Steria 160 0 0 %
Groupe SII 153 150 98 %
Thales 122 0 0 %
Capgemini 89 8 9 %
NEXTON 43 0 0 %
Meritis 42 0 0 %
CGI 35 0 0 %
Atos 40 11 28 %

Sopra Steria : 160 CDI, zéro salaire. Thales : 122 CDI, même score. CGI, Meritis, NEXTON : idem. Le Groupe SII est l'exception flagrante avec 98 % de transparence, ce qui prouve au passage que c'est parfaitement faisable quand on le décide.

La stack change peu le problème

On pourrait penser que les profils les plus demandés (DevOps, Data) bénéficient d'un traitement différent. Les données ne confirment pas cette hypothèse.

Stack CDI total Avec salaire Transparence
PHP 29 14 48,3 %
Java 147 48 32,7 %
Python 95 27 28,4 %
JavaScript 308 81 26,3 %
DevOps 259 62 23,9 %
Data Engineering 115 24 20,9 %
Data Science 166 29 17,5 %
Go 25 4 16,0 %

Le résultat est contre-intuitif. PHP, le moins hype de la liste, affiche le meilleur taux de transparence (48,3 %). Data Science, pourtant au coeur de la hype IA, tombe à 17,5 %. Go, langage rare et recherché : 16 %.

Autrement dit, plus un profil est "premium", moins l'entreprise montre ses cartes.

Géographie de l'opacité

Paris, qui concentre la majorité des offres tech, affiche un taux de transparence inférieur à la moyenne nationale.

Région CDI total Avec salaire Transparence
Marseille 18 14 77,8 %
Bordeaux 78 29 37,2 %
Toulouse 88 32 36,4 %
Lyon 95 32 33,7 %
Lille 72 20 27,8 %
Paris 769 175 22,8 %
Nantes 103 22 21,4 %

Marseille à 77,8 % est le contre-exemple remarquable, même si le volume reste modeste (18 CDI). Les métropoles de province — Bordeaux, Toulouse, Lyon — surpassent Paris de 10 à 15 points. Paris, avec ses 769 CDI tech, se contente de 22,8 %.

Le paradoxe est réel : la ville où les salaires sont les plus élevés est aussi celle où on les cache le plus.

Le mirage du remote

Un argument revient souvent dans les débats RH : les offres remote seraient plus transparentes, car issues de startups modernes et ouvertes. Les chiffres racontent une autre histoire. Parmi les CDI avec salaire affiché, la médiane des postes en remote ou hybride atteint 55 000 euros, contre 42 500 euros pour les postes 100 % sur site.

Faut-il y voir une corrélation entre transparence et niveau de rémunération ? Probablement. Les entreprises qui paient bien ont intérêt à le montrer. Celles qui paient moins préfèrent négocier au cas par cas. Ce n'est pas un hasard.

Mais attention : cette donnée masque un biais de sélection. Les offres qui affichent un salaire ne sont pas représentatives de l'ensemble du marché. Elles représentent un quart du total — le quart qui veut attirer.

Ce que change (et ne change pas) la directive européenne

La directive 2023/970 sur la transparence des rémunérations impose aux entreprises de l'UE de communiquer une fourchette salariale aux candidats avant l'entretien d'ici 2026. En théorie, le problème disparaît.

En pratique, la transposition en droit français n'est pas finalisée. Et même une fois en vigueur, la directive n'oblige pas à afficher le salaire dans l'annonce — elle impose de le communiquer "avant l'entretien ou au début du processus de recrutement". La nuance est de taille. Les ESN pourront continuer à publier des offres sans fourchette et envoyer le chiffre par email après une première prise de contact.

Le changement culturel, lui, prendra du temps.

Pourquoi ça compte pour votre négociation

Quand 74 % des offres ne montrent aucun chiffre, le rapport de force penche du côté de l'employeur. Un développeur qui postule sans connaître la fourchette entre dans une négociation à l'aveugle. Un data scientist qui ignore que la médiane parisienne tourne autour de 57 500 euros (sur nos 11 offres transparentes) peut accepter 45 000 sans broncher.

Les chiffres sont un levier. Sans eux, il ne reste que le bluff.

C'est d'ailleurs pour cette raison que nous maintenons le simulateur de salaire par stack et région : compenser l'opacité par la donnée agrégée. Si votre stack est DevOps et que vous visez Paris, la médiane WTTJ tourne à 62 500 euros sur 18 offres affichées. À Lyon, 57 500 euros sur 3 offres. Ces chiffres ne sont pas parfaits — ils reflètent un quart du marché. Mais c'est mieux que rien.

Pour approfondir les écarts entre stacks, notre comparatif développeur vs data scientist vs DevOps détaille les médianes poste par poste. Et si vous êtes data scientist, l'analyse du paradoxe Paris-province montre que la capitale ne garantit pas toujours le meilleur salaire.

Le résumé en trois lignes

La transparence salariale tech en France ne progresse pas — elle stagne à un quart des offres CDI. Les plus gros recruteurs (Sopra, Thales, Capgemini) sont les plus opaques. Et la directive européenne ne changera pas les annonces du jour au lendemain.

La prochaine fois qu'un article LinkedIn affirme que "la transparence est la nouvelle norme en tech", demandez le pourcentage. Il est à 25,7 %.