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Salaires tech France 2026 : 758 offres passées au crible — développeur, data scientist, DevOps, les vrais chiffres

Publié le 2026-05-01 • Mots-clés:

Salaires tech France 2026 : 758 offres passées au crible — développeur, data scientist, DevOps

On a un problème de données.

Sur 4 557 offres tech collectées entre fin avril et début mai 2026 — WTTJ, France Travail, LinkedIn, Glassdoor — seulement 758 affichent un salaire. Soit 16,6 %. Le reste ? Fourchette masquée, "selon profil", ou rien du tout. Comme si révéler combien on paie était un aveu de faiblesse.

Mais ces 758 offres transparentes racontent quelque chose. Et ce qu'elles racontent contredit pas mal d'idées reçues.

Pendant trois semaines, j'ai nettoyé, croisé et trituré ces données. Ce qui suit n'est pas un sondage déclaratif. Ce sont des chiffres extraits d'annonces réelles, postées par des entreprises qui recrutent, avec des fourchettes en euros annuels bruts. Ça change tout.

Le dataset : 4 557 offres, 3 sources, beaucoup d'opacité

Commençons par poser les bases. Le corpus couvre les principales plateformes de recrutement tech en France :

Source Offres Avec salaire Taux de transparence
Welcome to the Jungle 2 837 665 23,4 %
France Travail 1 627 0 0 %
LinkedIn / Glassdoor / Direct 93 93 100 %
Total 4 557 758 16,6 %

France Travail affiche zéro salaire. Zéro. Sur 1 627 annonces tech. On peut débattre de la cause (conventions du secteur public, formulaires non remplis, habitude culturelle), mais le résultat est là : la principale plateforme d'emploi publique du pays est un trou noir salarial pour la tech.

WTTJ fait mieux, mais un quart seulement de ses offres jouent la transparence. Les données LinkedIn et Glassdoor, elles, proviennent de profils vérifiés et de déclarations directes — d'où un taux de 100 %, mais un volume faible.

Ce biais est fondamental pour la suite. Les chiffres que je vais présenter ne représentent pas "le marché tech français". Ils représentent le sous-ensemble d'entreprises assez confiantes dans leur offre salariale pour l'afficher publiquement. Et ce sous-ensemble tend — on va le voir — vers le haut de la distribution.

Médiane globale : data scientist devant, développeur derrière

Première surprise pour ceux qui pensent que "dev" est un métier uniforme :

Métier Médiane Moyenne Q25 Q75 Offres
Data Scientist 57 500 € 58
DevOps 55 000 € 81
Data Engineer 54 250 € 25
Développeur (toutes stacks) 50 756 € 315

Le data scientist mène. Pas de beaucoup — 2 500 € de plus que le DevOps, 7 000 € de plus que le développeur moyen — mais assez pour que la tendance soit significative sur 58 offres.

Quelques remarques, parce que ces chiffres méritent d'être scrutés plutôt qu'avalés.

D'abord, le "développeur" est une catégorie parapluie. On y met le développeur PHP à Marseille à 38k et le dev Rust à Paris à 93k. La médiane masque une dispersion énorme. Ensuite, 58 offres data scientist, c'est exploitable statistiquement mais loin d'être massif. Un lot de 10 offres senior à Paris pourrait faire bouger cette médiane de 3 000 € dans un sens ou l'autre.

Et puis il y a ce que les chiffres ne disent pas : les packages. Variable, BSPCE, RSU, intéressement — rien de tout ça n'apparaît dans les fourchettes d'annonce. Un DevOps à 55k fixe dans une startup avec 15k de BSPCE valorisés, ça change la donne. Mais on ne peut pas le mesurer ici.

Par région : Toulouse, le cheval noir

C'est le résultat qui m'a le plus étonné.

Médiane salariale tech par région (toutes stacks)
─────────────────────────────────────────────
Toulouse   ████████████████████████████   59 835 €  (n=68)
Paris      ███████████████████████████    57 500 €  (n=224)
Nantes     ██████████████████████████     55 112 €  (n=65)
Lyon       █████████████████████████      55 000 €  (n=59)
Lille      ██████████████████████         49 500 €  (n=43)
Bordeaux   █████████████████████          47 250 €  (n=44)
Marseille  ████████████████████           46 000 €  (n=14)
─────────────────────────────────────────────

Toulouse devant Paris. Sérieusement ?

Avant de crier au scandale, regardons ce qui peut expliquer ça. Toulouse concentre Airbus, Thales, Capgemini Engineering, et une poignée de scale-ups aéronautiques et spatiales qui recrutent massivement des profils embarqués, SRE et data à des niveaux de rémunération élevés. Le tissu industriel local tire les médianes vers le haut. Le volume (68 offres) reste correct, sans être gigantesque.

Paris, de son côté, absorbe un spectre bien plus large : des juniors en ESN à 38k aux seniors en fintech à 95k. La médiane s'en trouve diluée. Et 224 offres, c'est la plus grosse cohorte du dataset — statistiquement la plus robuste.

Ce qu'on peut dire prudemment : le surcoût de la vie parisienne n'est pas compensé par une prime salariale suffisante dans les offres affichées. Toulouse, Nantes et Lyon jouent dans la même ligue, parfois au-dessus.

Lille et Bordeaux, en revanche, décrochent. 49 500 € et 47 250 € respectivement. Deux villes pourtant portées par les médias comme des "hubs tech émergents". Les offres racontent une autre histoire : des salaires 15 à 18 % sous la médiane parisienne, avec un coût de la vie certes inférieur, mais pas de 18 %. Bordeaux, surtout, affiche des chiffres qui font grincer. Une hypothèse : le tissu y est encore dominé par des ESN et agences locales qui n'ont pas ajusté leurs grilles à la concurrence nationale du remote.

Marseille ferme la marche à 46 000 €, mais sur seulement 14 offres. Trop peu pour en tirer quoi que ce soit de solide.

La hiérarchie des langages : Rust et Go écrasent tout

Là, les écarts sont violents.

Langage/Stack Médiane Offres avec salaire Total offres Opacité
Rust 80 486 € 20 30 33 %
Go 61 522 € 23 68 66 %
Ruby 57 500 € 9 33 73 %
Python 52 498 € 31 192 84 %
JavaScript 48 000 € 155 664 77 %
Java 48 000 € 46 327 86 %
PHP 47 500 € 15 58 74 %
C# 38 000 € 9 77 88 %

Rust à 80 486 € de médiane. Presque le double du C#.

Mais — et c'est le genre de nuance qu'on passe trop souvent sous silence — on parle de 20 offres Rust avec salaire sur 30 au total. C'est un marché minuscule. Les profils Rust qui existent sont rares, seniors, et recrutés par des boîtes qui travaillent sur des systèmes critiques (blockchain, infrastructure, embarqué haute performance). Le salaire médian reflète la rareté autant que la compétence.

Go, c'est un peu pareil en moins extrême : 23 offres, des boîtes plutôt scale-up ou grand groupe, des profils souvent backend senior. La médiane à 61 522 € est élevée mais réaliste pour le positionnement du langage.

Et puis il y a C#. Dernier. À 38 000 € de médiane. Avec le taux d'opacité le plus élevé du lot (88 %). Les boîtes qui recrutent en C# — souvent de l'édition logicielle, de l'ERP, du legacy .NET — ne montrent pas leurs grilles. Et quand elles le font, ce n'est pas brillant.

Question ouverte : le C# est-il réellement sous-payé, ou est-ce un biais de sélection où seules les offres les moins attractives affichent leur salaire ? Je penche pour un mix des deux.

JavaScript et Java se retrouvent nez à nez à 48 000 €. Ce qui surprend, c'est moins le chiffre lui-même que le volume : 155 offres JS avec salaire, 46 en Java. JavaScript domine numériquement le marché (664 offres totales), mais ses salaires médians restent tassés. L'explication probable : la demande de développeurs front/full-stack JS est forte, l'offre de candidats aussi. Pas de rareté, pas de premium.

Python se place juste au-dessus à 52 498 €, porté par des profils qui chevauchent parfois le data engineering et le machine learning. Quand on isole les "purs" développeurs Python web (Django, Flask), la médiane descend probablement vers les 46-48k. Mais le dataset ne permet pas de trancher proprement.

Développeur à Paris en 2026 : la vérité derrière le "salaire parisien"

Zoom sur le keyword que tout le monde tape dans Google.

Salaire développeur Paris 2026 — par langage (médiane, n≥3)
──────────────────────────────────────────────────
Go         ████████████████████████████████████████  94 712 €
Rust       ███████████████████████████████████████   93 339 €
JavaScript ██████████████████████████               55 000 €
Java       █████████████████████████                54 000 €
PHP        ████████████████████████                 52 500 €
──────────────────────────────────────────────────
Médiane tous langages confondus : 56 762 € (n=67)
P25 : 50 000 €  |  P75 : 67 500 €

Un développeur Go ou Rust à Paris gagne presque deux fois un dev PHP. Le ratio est de 1,8x. Sur le même métier. Dans la même ville.

Ce différentiel s'explique en partie par l'ancienneté moyenne des profils (les dev Go/Rust sont rarement juniors), en partie par le type d'employeur (fintech, infra cloud vs agence web), et en partie par la loi de l'offre et de la demande pure. Mais quand même. 40 000 € d'écart entre deux développeurs parisiens selon le langage qu'ils ont choisi d'apprendre, ça donne à réfléchir.

La médiane tous langages confondus à Paris se fixe à 56 762 €. Autrement dit, la moitié des offres parisiennes transparentes proposent moins de 57k. Pour quelqu'un qui paie 1 200 € de loyer pour 30m² — et encore, en banlieue — c'est correct sans être luxueux.

L'effet expérience : +68 % entre junior et expert

Les données de notre panel salaires.jsonl, qui inclut les niveaux d'expérience déclarés, dessinent une courbe classique mais avec des seuils intéressants :

Progression salariale par tranche d'expérience (toutes stacks)
──────────────────────────────────────────────────
Junior (0-2 ans)   ████████████████████████       53 564 €  (n=26)
Mid (3-5 ans)      ██████████████████████████████ 64 974 €  (n=24)
Senior (6-10 ans)  ███████████████████████████████████  76 576 €  (n=33)
Expert (11+ ans)   █████████████████████████████████████████  89 972 €  (n=37)
──────────────────────────────────────────────────
Progression junior → expert : +68 %

Le saut le plus rentable est celui de junior à mid : +11 410 € de médiane, soit +21 % en passant de 2 à 5 ans d'expérience. C'est le moment où l'autonomie technique se traduit concrètement en pouvoir de négociation.

Après, la progression ralentit en pourcentage (mais pas en valeur absolue). De mid à senior, +11 602 €. De senior à expert, +13 396 €. Les paliers sont réguliers en euros, mais la perception change : passer de 54k à 65k, ça se sent. Passer de 77k à 90k aussi, mais la charge de travail et les responsabilités managériales qui viennent avec ne sont pas toujours dans la balance.

Un point me turlupine. Ces données ne distinguent pas par stack. Un junior Rust et un junior PHP partent-ils du même point ? Non, probablement pas. Mais l'échantillon (26 juniors toutes stacks confondues) ne permet pas de segmenter davantage sans tomber dans l'anecdotique.

Taille d'entreprise : la startup ne paie pas (assez)

Dernier axe d'analyse, et pas le moins parlant.

Taille d'entreprise Médiane Offres
Grand groupe (> 1 000 salariés) 79 118 € 41
Scale-up (50-1 000) 78 728 € 42
Startup (< 50) 62 150 € 37

17 000 € d'écart entre une startup et un grand groupe. En médiane. Sur des profils comparables.

La différence est tellement nette qu'elle mérite une pause. On entend souvent que la startup "compense" par les stock-options, le cadre de travail, l'impact. C'est possible. Mais en salaire fixe — le seul chiffre qui passe à la banque quand on demande un prêt immobilier — la startup est 22 % en dessous.

Scale-up et grand groupe, en revanche, se tiennent dans un mouchoir. 390 € d'écart de médiane. Autant dire que le mythe "le grand groupe paie mieux que la scale-up" ne tient pas sur ce dataset. Les Datadog, Doctolib, Qonto et consorts alignent des grilles qui rivalisent avec le CAC40. Voire le dépassent.

Un collègue en meetup Python la semaine dernière résumait bien : "En startup early-stage, tu achètes un billet de loterie. Sauf que personne te dit la probabilité de gain." C'est cynique. Mais les données ne le contredisent pas.

Remote : le vrai premium, +26 %

Médiane selon politique de remote
────────────────────────────────────────
Remote / Hybride  ████████████████████████  53 500 €  (n=251)
Présentiel total  ███████████████████      42 500 €  (n=206)
────────────────────────────────────────
Écart : +11 000 € soit +26 %

Les offres qui proposent du remote (partiel ou total) affichent une médiane de 53 500 € contre 42 500 € pour le présentiel strict. +26 %.

Mais attention à la causalité. Ce n'est pas le remote qui fait gagner plus. C'est que les entreprises qui proposent du remote sont plus souvent des scale-ups tech, des éditeurs SaaS, des boîtes qui recrutent nationalement — donc qui paient plus cher. L'ESN régionale qui exige cinq jours sur site affiche aussi des salaires plus bas, remote ou pas.

Corrélation solide. Causalité douteuse. Mais si vous cherchez une offre mieux payée, filtrer sur "remote partiel" reste un bon proxy.

Opacité par stack : ce que cachent les entreprises

Un dernier tableau, parce que ce qu'on ne voit pas est parfois aussi instructif que ce qu'on voit.

Taux d'opacité salariale par stack
──────────────────────────────────────────
C#          ████████████████████████████████████████  88 %
Java        ███████████████████████████████████████   86 %
Python      ██████████████████████████████████████    84 %
JavaScript  ████████████████████████████████████      77 %
PHP         █████████████████████████████████         74 %
Ruby        █████████████████████████████████         73 %
Go          ██████████████████████████████            66 %
Rust        ███████████████                           33 %
──────────────────────────────────────────

Rust est la stack la plus transparente du marché français. Deux tiers de ses offres affichent le salaire. C'est cohérent : peu d'offres, des profils rares, des employeurs qui savent qu'ils doivent montrer patte blanche pour attirer des candidats. Le rapport de force joue en faveur du candidat.

À l'inverse, C# et Java — les deux plus opaques — correspondent à des marchés plus denses, plus structurés ESN, où la négociation individuelle prime sur la transparence collective.

Ce que les données ne capturent pas

Il serait malhonnête de conclure sans lister les angles morts. Quelques-uns :

Le variable. Bonus, primes sur objectif, 13ème mois. Absent des offres. Un DevOps affiché à 55k avec 10k de variable effectif joue dans une autre catégorie.

L'equity. BSPCE, RSU, actions gratuites. Inexistant dans les annonces. Un data scientist à 57k chez un pre-IPO avec 50k de stock vesting sur 4 ans, ce n'est pas la même chose qu'un 57k sec en ESN.

La localisation fine. "Paris" couvre la Défense, Sentier, Montreuil, Saclay. Pas exactement la même ambiance ni le même loyer.

L'intitulé de poste. Un "DevOps Engineer" chez Thales et un "DevOps" chez une agence web de 12 personnes ne font pas le même travail. Mais ils tombent dans la même case.

Ces limites ne rendent pas les données inutiles. Elles les contextualisent. Les médianes que j'ai présentées sont des points de départ pour une négociation, pas des verdicts.

Trois chiffres à retenir

Si vous ne gardez que trois data points de cet article :

56 762 € — médiane développeur à Paris, tous langages. C'est le benchmark. Si on vous propose 45k pour un poste parisien, la charge de la preuve est du côté de l'employeur.

80 486 € — médiane Rust. Le langage le mieux payé du marché français, mais aussi le plus niche (30 offres totales). Une piste pour ceux qui cherchent un avantage compétitif — à condition d'accepter un marché étroit.

16,6 % — le taux de transparence salariale. Cinq offres sur six cachent leur fourchette. C'est un état du marché. C'est aussi une information en soi : quand une entreprise refuse de publier son salaire, elle vous dit quelque chose sur sa culture.


Méthodologie : 4 557 offres collectées entre le 20 avril et le 1er mai 2026 sur WTTJ (2 837), France Travail (1 627), LinkedIn, Glassdoor et sources directes (93). Analyse limitée aux 758 offres affichant une fourchette salariale annuelle brute en euros. Salaires calculés comme point médian de la fourchette min-max. Données nettoyées des offres freelance (tarif journalier) et stages.

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Voir aussi : notre analyse des salaires Python sur 192 offres WTTJ, le parcours de Mehdi, DevOps passé SRE à Nantes, ou le comparatif développeur vs data scientist vs DevOps.