Bilan salaires tech France, début juin 2026 : 7 518 offres passées au crible — ce que les données disent (et ce qu'elles taisent)
Bilan salaires tech France, début juin 2026 : 7 518 offres passées au crible
Deux semaines que je compile les données issues de Welcome to the Jungle, France Travail, LinkedIn et Glassdoor. Ce matin, le compteur affiche 7 518 offres tech indexées pour la France, couvrant une fenêtre du 20 avril au 5 juin 2026. Le moment de poser les chiffres à plat — et de questionner ce qu'ils ne montrent pas.
Le chiffre qui résume tout : 17,5 %
Sur 7 518 offres, seulement 1 316 mentionnent une fourchette salariale. Dix-sept virgule cinq pour cent. C'est ça, la réalité de la transparence salariale dans la tech française à la mi-2026.
Encore faut-il nuancer par source. WTTJ fait mieux que la moyenne avec 26 % de ses 4 769 annonces qui affichent un salaire. France Travail ? Zéro. Pas une seule de ses 2 656 offres ne comporte de fourchette exploitable. Les 93 offres issues de LinkedIn, Glassdoor ou sources directes affichent toutes un salaire — mais leur poids statistique reste marginal.
Ce que ça signifie concrètement : quand un candidat consulte les offres publiques en France, il a quatre chances sur cinq de ne trouver aucune information salariale. La directive européenne sur la transparence des rémunérations, transposée en droit français depuis janvier 2026, n'a visiblement pas encore produit ses effets sur le terrain.
Le panorama par stack : Rust en tête, JavaScript en queue
Voici le tableau des médianes salariales par stack, calculées sur les offres qui affichent un salaire (n ≥ 10) :
| Stack | Médiane brut/an | Q1 | Q3 | Offres avec salaire |
|---|---|---|---|---|
| Rust | 80 486 € | 71 162 € | 94 034 € | 20 |
| Data Science | 77 390 € | 50 000 € | 245 500 € | 146 |
| DevOps | 57 500 € | 45 000 € | 92 294 € | 154 |
| Go | 57 500 € | 50 000 € | 89 034 € | 27 |
| Ruby | 55 000 € | 45 000 € | 60 000 € | 10 |
| Data Engineering | 55 000 € | 45 000 € | 62 500 € | 39 |
| Python | 54 014 € | 44 000 € | 66 066 € | 67 |
| JavaScript | 49 000 € | 42 500 € | 59 172 € | 143 |
| Java | 49 000 € | 42 500 € | 56 194 € | 97 |
| PHP | 45 000 € | 38 500 € | 52 500 € | 25 |
| C# | 43 000 € | 35 000 € | 55 000 € | 12 |
Quelques lectures rapides. Rust caracole en tête à 80 486 € médian, mais sur 20 offres seulement — un marché de niche ultra-spécialisé où les recruteurs n'ont pas le choix de cacher le salaire. La data science affiche un Q3 aberrant à 245 500 € : c'est l'effet des offres US-based avec remote France, notamment des GAFAM et Scale AI. Retirez-les, la médiane tombe à environ 65 000 €.
DevOps et Go se retrouvent à égalité de médiane (57 500 €), sauf que le Q3 DevOps monte à 92 294 € — un senior DevOps à Paris touche un marché complètement différent d'un DevOps à Lille.
JavaScript et Java partagent la même médiane à 49 000 €. C'est brutal pour les développeurs JS, souvent plus nombreux et plus visibles dans l'écosystème startup.
Paris vs Province : l'écart se précise à 17 500 €
La question qui revient toujours. Sur les offres chiffrées :
- Paris : 67 500 € médian (500 offres)
- Grandes villes de province (Lyon, Nantes, Toulouse, Lille, Bordeaux, Marseille) : 50 000 € médian (346 offres)
Écart brut : 17 500 €. Soit 35 % de plus à Paris. La question que personne ne pose assez souvent : cet écart couvre-t-il réellement la différence de coût de la vie ? Un loyer T2 à Paris tourne autour de 1 400 €/mois contre 750 € à Nantes. Sur l'année, ça représente 7 800 € d'écart net de loyer. Sur le papier, Paris reste gagnant de 9 700 € environ. Mais ajoutez le transport, la restauration, la garde d'enfants — et la marge fond vite.
Un ami DevOps a quitté son poste à 85k chez une fintech parisienne pour accepter 62k à Nantes il y a trois mois. Il me dit qu'il épargne davantage maintenant. Je n'ai pas vérifié ses comptes, mais le raisonnement se tient.
Le zoom DevOps : de 45 000 € à Lille à 92 500 € à Paris
Le DevOps reste le métier le plus élastique du marché. La médiane parisienne (92 500 €) est le double de celle de Lille (45 000 €). Pas 30 % de plus. Le double.
Le détail par ville :
- Paris : 92 500 € (56 offres) — tiré vers le haut par Pigment (75-130k), Parallel (80-120k), Bureaudestalents (100-150k)
- Lyon : 65 308 € (11 offres)
- Toulouse : 55 000 € (14 offres)
- Nantes : 54 074 € (8 offres)
- Lille : 45 000 € (8 offres) — plombé par des ESN comme Groupe SII (33-45k)
Ce qui est frappant, c'est la polarisation. Paris concentre les offres DevOps à 80k+ grâce à la densité de scale-ups et fintechs, tandis que les villes moyennes restent arrimées à des grilles ESN. Le même intitulé de poste, le même périmètre technique, un salaire qui va du simple au double. C'est problématique.
Pour notre analyse complète du marché DevOps, on avait disséqué 776 offres sur ce segment précis.
Le marché vu en tranches : où se situent les offres ?
La distribution des salaires donne une image plus fine que les médianes :
- Moins de 35k : 8,4 % — essentiellement des juniors, alternants promus, et postes en province
- 35-45k : 18,6 % — le ventre mou, la première offre CDI pour beaucoup de profils
- 45-55k : 22,7 % — la tranche la plus peuplée, le « salaire standard » du développeur confirmé
- 55-70k : 20,9 % — le palier senior, ou le confirmé parisien
- 70-90k : 9,6 % — lead, principal, ou stack niche à Paris
- Plus de 90k : 19,8 % — attention, gonflé par les offres remote US-based
La tranche 45-55k domine. Mais le fait que 19,8 % des offres dépassent 90k mérite un astérisque : une part significative provient d'entreprises américaines recrutant en remote France. Anthropic, Pinterest, Scale AI apparaissent dans nos données avec des médianes supérieures à 250 000 €. Ces offres existent, mais elles restent un monde parallèle pour la majorité des développeurs français.
Le remote : toujours un trompe-l'œil
Autre chiffre qui mérite qu'on s'y arrête. Sur les 7 518 offres :
- 25,4 % mentionnent du télétravail partiel
- 9,8 % du télétravail ponctuel
- 2,7 % du full remote
Deux virgule sept. C'est tout. Le mythe du « dev full remote à la campagne » reste exactement ça — un mythe. La grande majorité du marché français exige une présence physique, au moins hybride. Et les offres full remote à salaire élevé ? Elles viennent quasi exclusivement d'entreprises étrangères.
Les CDI écrasent tout (88,3 %)
Le marché tech français reste un marché de CDI. Ça ne surprendra personne, mais les chiffres confirment : 88,3 % de CDI, 7,4 % d'alternance, 2,7 % de stages, 0,8 % de freelance. Le freelance tech français, malgré tout le bruit qu'il génère sur LinkedIn, pèse moins d'un pourcent des offres publiées.
Paradoxe, ou peut-être pas : le freelance passe par d'autres canaux — Malt, le bouche-à-oreille, les plateformes spécialisées. Les offres d'emploi classiques ne captent qu'une fraction de cette réalité.
Ce que ce bilan ne dit pas
Quelques angles morts, en toute honnêteté :
Les offres sans salaire biaisent l'analyse. Si les entreprises qui cachent leur salaire sont celles qui paient le moins (hypothèse plausible), nos médianes sont surévaluées. Si au contraire ce sont les grands groupes qui masquent des packages attractifs, elles sont sous-évaluées. Impossible de trancher avec les données disponibles.
La fenêtre temporelle est courte. Six semaines de données ne capturent pas les tendances saisonnières. Le marché de rentrée (septembre) pourrait raconter une histoire différente.
Les profils seniors sont sous-représentés. Les postes à 100k+ se pourvoient souvent par cooptation, sans passer par une annonce publique. Notre dataset est structurellement biaisé vers le mid-level.
C'est un bilan, pas un verdict. Les données valent ce qu'elles valent — et elles valent 7 518 points de données concrets, ce qui est déjà mieux que les « on dit » de la machine à café.
Et la semaine prochaine ?
Le scraper tourne, les données s'accumulent. On suit particulièrement trois signaux pour les prochaines semaines : l'évolution du taux de transparence salariale (17,5 % va-t-il bouger avec la pression réglementaire ?), le gap Paris/province par stack, et l'arrivée éventuelle d'offres estivales qui pourraient modifier les médianes.
Pour ceux qui veulent positionner leur propre situation, le simulateur salaire par stack, XP et région reste accessible gratuitement — il est alimenté par ces mêmes données, mises à jour en continu.
On en avait aussi discuté dans notre article sur la valeur d'une année d'expérience en tech et dans le classement des 7 stacks les mieux payées.
Données : 7 518 offres agrégées du 20 avril au 5 juin 2026 depuis Welcome to the Jungle, France Travail, LinkedIn et Glassdoor. Méthodologie : médiane sur fourchettes salariales affichées (salary_min + salary_max / 2). Offres sans salaire exclues des calculs de rémunération.