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Transparence salaires tech par stack, région et expérience

Bilan première semaine de juin 2026 : 7 590 offres tech passées au crible — stacks, régions, salaires

Publié le 2026-06-06 • Mots-clés:

7 590 offres tech : la photo du marché début juin

Chaque semaine, on agrège les offres d'emploi tech publiées en France depuis Welcome to the Jungle, France Travail, LinkedIn et Glassdoor. Cette première semaine de juin 2026, le corpus atteint 7 590 offres. Le chiffre brut cache des déséquilibres géographiques marqués, un déficit chronique de transparence salariale et quelques mouvements de fond sur les stacks les plus rémunératrices.

Voici ce que les données racontent.

Paris concentre 28 % des offres — sans surprise, mais pas sans nuance

Sur les 7 590 offres indexées, 2 145 concernent Paris et petite couronne. C'est 28,3 % du total. Lyon suit loin derrière avec 425 offres (5,6 %), Nantes et Toulouse se tiennent au coude-à-coude autour de 295 chacune. Bordeaux capte 222 offres (2,9 %), Lille 219. Marseille ferme la marche des métropoles identifiées avec 123 offres.

L'Île-de-France aspire toujours le gros du marché tech, même si une part significative des offres (50,7 %) se disperse sur le reste du territoire — Rennes, Grenoble, Sophia-Antipolis, mais aussi des villes moins attendues comme Lannion (quelques postes Python chez SII) ou Cesson-Sévigné (spatialisation embarquée). La géographie tech française ne se réduit pas à un duel Paris vs le reste, même si les salaires, eux, se résument souvent à ça.

Un détail que j'ai remarqué en épluchant les données manuellement : une cinquantaine d'offres classées « Paris » par les plateformes pointent en réalité vers La Défense, Boulogne ou Issy-les-Moulineaux. Le biais géographique favorise mécaniquement les chiffres parisiens. Pas de quoi remettre en cause les ordres de grandeur, mais la précision oblige à le mentionner.

Côté remote, 25,5 % des offres mentionnent du télétravail partiel — deux à trois jours par semaine dans la plupart des cas. Le full remote reste anecdotique : 205 offres, soit 2,7 %. Il y a un an, le discours ambiant promettait une normalisation du travail à distance dans la tech. Les données disent le contraire. Le retour au bureau s'est consolidé, et les offres 100 % remote se concentrent sur des niches (DevOps infra, SRE, quelques postes data engineering).

JavaScript reste la stack la plus demandée, DevOps la mieux payée

Hors offres non catégorisées (la catégorie « other » regroupe des postes transverses ou des intitulés ambigus), JavaScript domine le volume avec 1 028 offres (13,5 %), suivi par DevOps (786, soit 10,4 %) et data science (726, soit 9,6 %). Java tient sa place historique à 546 offres.

Le classement change quand on regarde les salaires.

Sur les 894 offres avec une fourchette salariale annuelle exploitable (entre 20 000 et 150 000 €), voici les médianes par stack :

Stack Salaire médian Fourchette Q1–Q3 Offres chiffrées
Ruby 57 500 € 50 000 – 60 000 € 9
Data science 57 500 € 47 500 – 62 000 € 47
Data engineering 55 000 € 46 000 – 60 000 € 34
Python 52 500 € 44 000 – 60 000 € 46
DevOps 52 500 € 44 000 – 62 500 € 102
JavaScript 49 500 € 43 000 – 56 500 € 122
Java 47 500 € 42 500 – 52 500 € 77
PHP 45 000 € 39 000 – 55 000 € 23

Ruby en tête, donc. Mais avec 9 offres seulement, la représentativité est fragile — un ou deux postes senior suffisent à faire basculer la médiane. Data science et data engineering tiennent la corde avec des échantillons plus solides (47 et 34 offres chiffrées respectivement). JavaScript, malgré son volume massif de 1 028 annonces, stagne sous la barre des 50 000 €.

Un paradoxe récurrent : plus une stack est demandée, moins elle paie. L'explication tient en partie à la structure du marché. JavaScript attire beaucoup de profils en reconversion et de juniors sortis de bootcamp — Le Wagon, Ironhack, OpenClassrooms — ce qui gonfle l'offre de candidats et compresse les salaires d'entrée. À l'inverse, un profil DevOps senior avec de l'expérience Kubernetes et Terraform en production reste difficile à trouver, ce qui pousse les entreprises à monter les fourchettes.

La fourchette interquartile (Q1–Q3) raconte aussi quelque chose. DevOps affiche le spread le plus large : de 44 000 à 62 500 €, soit 18 500 € d'écart. C'est la stack où la négociation individuelle pèse le plus. Java, au contraire, se concentre dans un couloir étroit de 10 000 € — le marché est plus normé, les grilles salariales des ESN y font la loi.

L'effet Paris : DevOps à 68 750 € médian

Filtrer par Paris transforme la hiérarchie. Le DevOps parisien atteint un médian de 68 750 € sur 30 offres chiffrées — loin devant les autres stacks dans la capitale. Data engineering suit à 60 000 €, Python à 59 500 €, Ruby à 58 750 €.

L'écart Paris/province reste massif. Un développeur JavaScript touche 56 500 € médian à Paris, contre 45 000 € à Lyon et 40 750 € à Nantes. Soit 15 000 € de différence brute avec Lyon, et pratiquement 16 000 € avec Nantes. Rapporté au coût du logement, la réalité s'inverse partiellement — mais les offres ne parlent pas loyer.

Bordeaux affiche des médianes JavaScript parmi les plus basses du panel (42 250 €). Lille se maintient autour de 43 750 €. Toulouse tire son épingle du jeu sur la data science, portée par l'écosystème aérospatial, avec un médian de 57 500 € — identique à Paris sur cette stack spécifique.

Ça mérite qu'on s'y arrête : un data scientist à Toulouse gagne autant qu'à Paris en valeur faciale. Trois offres seulement sur Toulouse, ce qui limite la solidité statistique. Mais la tendance reste intéressante et cohérente avec les retours terrain que l'on reçoit.

La transparence salariale en recul : 11,8 %

C'est le chiffre qui fait mal. Sur 7 590 offres indexées, seules 894 affichent une fourchette salariale annuelle exploitable. Moins de 12 %. Les plateformes d'emploi public (France Travail) sont les pires élèves : une poignée d'offres sur les 2 779 issues de cette source incluent un salaire.

Welcome to the Jungle fait mieux, avec environ 26 % de ses offres accompagnées d'une indication salariale (1 256 offres sur 4 811 avec un salaire renseigné, même si toutes ne sont pas annuelles ni dans une fourchette réaliste). Mieux ne signifie pas bien.

Par région, Bordeaux est la plus transparente avec 18,5 % de ses offres chiffrées, suivie de Toulouse (17,3 %) et Lille (15,1 %). Paris, malgré son volume, plafonne à 13,1 %. On pourrait imaginer que la concurrence parisienne inciterait les recruteurs à afficher leurs cartes. Ce n'est pas le cas.

La directive européenne sur la transparence des rémunérations, transposable d'ici 2026, n'a visiblement pas encore produit d'effet mesurable sur les pratiques des recruteurs tech français.

Le poids des ESN : 15 % du marché, même logique

Sopra Steria domine le classement des recruteurs avec 366 offres. Thales suit (300), puis Capgemini (210) et Groupe SII (209). À elles neuf, les principales ESN et sociétés de conseil (Sopra Steria, Capgemini, Atos, CGI, Groupe SII, Meritis, Talan, Accenture, Nexton) cumulent 1 163 offres — 15,3 % du marché.

Ces acteurs recrutent massivement mais affichent rarement les salaires. Leur modèle repose sur la marge consultant, ce qui rend la fourchette de rémunération variable selon le client final. L'opacité salariale des ESN n'est pas un bug, c'est une feature.

Pour ceux qui envisagent une entrée dans le secteur ou un repositionnement, notre analyse détaillée du marché parisien sur 2 143 offres décortique cette dynamique ESN plus en profondeur.

CDI ultra-majoritaire, alternance en progression

Sur la répartition contractuelle : 88,2 % des offres sont en CDI (6 693 annonces). L'alternance représente 568 offres (7,5 %), les stages 208 (2,7 %), le freelance 61 offres seulement (0,8 %). On note aussi 39 CDD, souvent dans le secteur public ou semi-public.

Le chiffre alternance est le plus remarquable. Sept offres tech sur cent visent un alternant. Ce ratio reflète à la fois les incitations fiscales maintenues par le gouvernement et l'appétit des entreprises pour des profils formés en interne, à moindre coût. Les alternances se concentrent sur JavaScript (beaucoup de postes React/Node dans les ESN) et la data science (pipelines de formation comme la licence pro data analyst, ou les parcours alternance d'écoles type EPITA, Efrei).

Le faible nombre d'offres freelance est trompeur. Les missions freelance circulent surtout via des canaux spécifiques (Malt, Crème de la Crème, plateformes de régie) que notre agrégation ne couvre pas intégralement. Un ancien collègue freelance DevOps me faisait remarquer la semaine dernière qu'il n'avait pas postulé à une offre publique depuis trois ans — tout passe par son réseau LinkedIn et les apporteurs d'affaires. Le CDI domine les plateformes généralistes. Le freelance vit ailleurs.

Ce que les chiffres ne disent pas

Quelques limites à garder en tête pour interpréter ce bilan.

Les offres scrapées ne reflètent pas le marché caché — ces postes pourvus par cooptation ou chasse directe, qui représentent entre 30 et 50 % du marché selon les estimations habituelles. Les entreprises qui recrutent via leur réseau n'ont pas besoin de publier d'annonce. Et ces postes-là tendent à être mieux payés.

La catégorisation par stack repose sur l'analyse des intitulés et descriptions. Un « Développeur Full Stack Python/React » se retrouve classé Python, alors que le quotidien du poste est peut-être à 70 % React. L'exercice a ses limites.

Autre angle mort : l'ancienneté requise. Nos données ne distinguent pas encore finement les niveaux d'expérience sur l'ensemble du corpus. L'article sur l'impact réel de l'expérience sur le salaire, testé sur 7 710 offres, creuse cette question en détail.

Les signaux à surveiller pour la suite de juin

Trois tendances méritent un suivi rapproché dans les semaines à venir.

Le rattrapage salarial data engineering. Avec un médian à 55 000 € national et 60 000 € à Paris, le data engineering se positionne au-dessus du DevOps sur le plan salarial, malgré un volume d'offres trois fois inférieur (281 contre 786). La demande en profils capables de construire des pipelines de données solides — et pas seulement d'entraîner des modèles — ne faiblit pas.

L'écart persistant JavaScript/DevOps. Un développeur JavaScript touche 3 000 € de moins qu'un DevOps en médiane nationale, et 12 250 € de moins à Paris. L'écart se creuse d'une analyse à l'autre. JavaScript reste le ticket d'entrée le plus accessible dans la tech, avec beaucoup de juniors dans le pool — ce qui tire la médiane vers le bas. Pour un panorama complet de ce décrochage, notre comparatif entre stacks et régions pose les chiffres côte à côte.

La stagnation du remote. Avec 2,7 % d'offres full remote, le marché français confirme sa frilosité. Les profils DevOps et data engineering, souvent les plus mobiles géographiquement, restent paradoxalement attachés à du présentiel partiel dans les offres publiées.

Zoom régional : Lille, outsider discret

On parle beaucoup de Lyon, Nantes, Toulouse quand on évoque la tech hors Paris. Lille reste sous les radars médiatiques, mais les données montrent un marché structuré : 219 offres, 15,1 % de transparence salariale (meilleure que Paris), et des médianes DevOps à 45 000 € qui se rapprochent de Lyon (53 750 €) sans atteindre ce niveau.

Le point intéressant : Lille est la seule ville du panel où le data engineering (46 000 € médian) dépasse le DevOps en termes de rémunération. Échantillon faible — trois offres chiffrées — mais le signal existe. La métropole lilloise, avec son pôle EuraTechnologies et la proximité de la Belgique et du Royaume-Uni (Eurostar), attire des profils data qui pourraient sinon filer vers Bruxelles ou Londres.

Java à Lille affiche 44 500 € médian sur 6 offres chiffrées, Python 40 000 € sur 5 offres. Le ticket salarial moyen reste inférieur de 25 à 30 % à Paris, mais le coût de la vie rend la comparaison nette moins défavorable qu'il n'y paraît.

En résumé

7 590 offres. 894 avec un salaire affiché. Paris à 28 %, la transparence à 12 %. DevOps Paris au sommet à 68 750 € médian. JavaScript toujours la stack la plus demandée, loin d'être la mieux payée. Le remote fixé sous 3 %.

Le marché tech français début juin 2026 bouge peu dans sa structure. Il bouge sur les salaires — à la marge, et seulement pour ceux qui savent lire les données. La semaine prochaine, on croisera ces chiffres avec les données d'expérience pour mesurer si le seniority premium évolue.

Pour affiner votre propre estimation, le simulateur salaire par stack, XP et région permet de croiser ces variables sur données réelles.