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Transparence salaires tech par stack, région et expérience

Bilan mai 2026 — salaires tech en France : 7 039 offres passées au crible, stack par stack, région par région

Publié le 2026-06-03 • Mots-clés:

Bilan mai 2026 — salaires tech en France : 7 039 offres passées au crible

Mai est terminé. On a consolidé l'ensemble des données collectées sur le mois — offres Welcome to the Jungle, France Travail, Glassdoor, LinkedIn, et remontées directes. Total : 7 039 fiches de postes tech en France, dont 1 234 avec fourchette salariale exploitable.

Ce bilan mensuel agrège les tendances, les mouvements par stack et par région, les signaux faibles. Pas d'opinion tranchée, juste les chiffres et ce qu'ils racontent quand on les empile correctement.

Le marché tech français en mai 2026 : vue d'ensemble

Le chiffre qui résume le mois : 53 564 € de salaire médian tous profils confondus. La moyenne grimpe à 127 882 €, mais ce chiffre ne veut pas dire grand-chose — il est tiré vers le haut par une poignée de postes extrêmes (certaines fiches data science affichent 198k+, souvent des mandats consulting mal tagués). L'écart entre P10 et P90 donne une image plus juste : 37 500 € en bas de fourchette, 200 000 € tout en haut.

7 039 offres, ça donne quoi en répartition ?

  • CDI : 88 % du volume, sans surprise
  • Remote partiel : 1 797 offres (25 %), le modèle dominant pour les boîtes qui l'affichent
  • Full remote : 194 offres seulement. Deux virgule sept pour cent. Un chiffre qui stagne depuis début 2026

La part d'offres sans salaire affiché reste écrasante. Sur les 7 039 fiches, seules 1 234 mentionnent une fourchette chiffrée — 17,5 %. France Travail est le pire élève sur ce point. Welcome to the Jungle fait un peu mieux (environ 30 % de ses offres incluent le salaire), mais on reste loin des standards nordiques ou anglo-saxons.

Un aparté sur ce sujet, parce qu'il revient chaque mois et qu'il conditionne la lecture de tout le reste : quand on calcule des médianes sur 1 234 offres chiffrées au lieu de 7 039, on travaille sur un échantillon biaisé. Les entreprises qui publient leur fourchette salariale sont en général celles qui ont une grille structurée — souvent des structures de taille moyenne ou grande, rarement des TPE ou des agences web qui proposent 35k en CDI sans le dire. Le salaire médian réel du marché tech français est probablement inférieur à notre chiffre de 53 564 €. De combien ? Impossible à dire précisément. Mais garder cette nuance en tête permet de lire les tableaux qui suivent avec le bon recul.

Par stack : Rust et data science creusent l'écart

Voici le classement des stacks par salaire médian, recalculé sur les offres de mai avec fourchette salariale :

Stack Salaire médian Nb offres (total) Nb offres (avec salaire)
Rust 80 486 € 33 20
Data Science 70 000 € 654 129
Go 59 511 € 80 26
DevOps 57 500 € 744 150
Python 55 000 € 259 65
Java 52 500 € 503
JavaScript 50 000 € 966
C# 108
PHP 93
Ruby 40

Rust continue sa trajectoire. 80 486 € de médiane, c'est 50 % de plus que JavaScript. Certes, l'échantillon est mince (20 offres avec salaire). Mais la tendance se confirme mois après mois. Les profils Rust recrutés en France le sont principalement dans la fintech, l'embedded et la cybersécurité — des secteurs qui paient.

La data science tient sa place habituelle, autour de 70k. Un point d'attention : le volume d'offres data science reste massif (654 sur le mois), ce qui relativise les discours sur la « saturation » du marché. Par contre, la dispersion est énorme. Un data scientist junior en startup à Nantes peut viser 55k. Un profil senior dans un grand groupe parisien dépasse les 87k sans difficulté.

JavaScript reste le premier pourvoyeur d'emplois tech en volume absolu : 966 offres. Loin devant. Mais c'est aussi la stack où la médiane salariale est la plus basse du top 5. Ce n'est pas nouveau. Ce qui l'est davantage : l'écart avec DevOps s'est creusé de 2 points par rapport à avril (7 500 € de gap contre 5 500 € le mois dernier).

Par région : Paris domine, mais de combien exactement ?

Région Salaire médian Volume d'offres
Paris 65 000 € 1 973
Toulouse 55 716 € 306
Nantes 52 500 € 313
Lyon 50 000 € 421
Lille 45 000 € 204
Bordeaux 45 000 € 200
Remote 19
Autres 3 495

Paris pèse 28 % du volume d'offres tech, avec un salaire médian à 65k. La « prime parisienne » reste réelle en valeur absolue : +14 % par rapport à Toulouse, +24 % par rapport à Lyon. Quand on ajuste au coût de la vie, l'avantage fond — on en a parlé en détail dans notre analyse de la prime parisienne.

Un fait marquant ce mois-ci : Toulouse devance Lyon en salaire médian. 55 716 € contre 50 000 €. L'aérospatial et la défense tirent les chiffres toulousains vers le haut, avec des offres DevOps et embedded bien rémunérées.

Nantes se place entre les deux, à 52 500 €. La ville garde un ratio salaire/coût de la vie parmi les meilleurs du pays pour un dev. Lille et Bordeaux ferment la marche à 45k, un niveau qui n'a pratiquement pas bougé depuis janvier.

Le chiffre le plus frappant reste celui du full remote : 19 offres affichées comme « remote » sur 7 039. Même en comptant les « remote partiel », les politiques de retour au bureau continuent de grignoter les positions acquises en 2021-2022.

DevOps par région : le poste où la géographie pèse le plus

Un constat revient chaque mois, et mai le confirme : c'est sur les profils DevOps que l'écart géographique est le plus violent.

Région DevOps médian
Paris 95 000 €
Lyon 65 308 €
Toulouse 57 500 €
Nantes 57 500 €

De Paris à Nantes, on perd 37 500 €. Quarante pour cent de salaire en moins. Sur aucune autre stack, l'écart n'est aussi abrupt.

J'ai échangé la semaine dernière avec un recruteur spécialisé infra/cloud qui m'a donné une explication simple : les entreprises parisiennes qui recrutent du DevOps sont majoritairement des scale-ups bien financées ou des grands groupes en transformation cloud. Elles se battent sur un bassin de candidats étroit, et les offres se sont naturellement calées sur la barre des 90-100k pour attirer.

En province, les postes DevOps sont plus souvent rattachés à des équipes IT classiques avec un volet ops ajouté, pas à des plateformes cloud-native. Les missions sont différentes, les budgets aussi.

Pour un DevOps qui hésite entre rester en province et tenter Paris, le calcul n'est pas simple. Prendre 37 500 € de plus en brut, c'est tentant sur le papier. Mais un loyer parisien pour un T2 correct bouffe entre 12 000 et 18 000 € annuels de plus qu'à Nantes ou Toulouse. Les transports, la bouffe, la crèche si vous avez des enfants — tout s'empile. Le gain net réel, après impôts et coût de la vie, tourne plutôt autour de 10-15k. Ce qui reste non négligeable, mais nettement moins spectaculaire que l'écart brut. Le choix devient alors une question de trajectoire de carrière plus que de revenu immédiat : les postes DevOps parisiens mènent plus souvent à des rôles de Staff/Principal Engineer ou de Head of Platform, des fonctions qui n'existent quasiment pas en province.

Data science : le profil le mieux payé hors niches

Détail par région :

Région Data Science médian
Paris 77 280 €
Lyon 70 000 €
Toulouse 59 670 €
Nantes 66 330 €

Nantes devant Toulouse pour la data science, c'est une donnée qui circule peu. L'explication tient en partie au tissu de scale-ups nantaises (iAdvize, Lengow, et d'autres) qui ont structuré des équipes data avec des grilles alignées sur les standards parisiens — ou pas loin.

Lyon reste solide à 70k, quasiment au niveau national. Le vivier académique (ENS, INSA) et l'écosystème IA lyonnais (Mila-adjacent, H2O.ai campus) maintiennent une offre et une demande à des niveaux élevés.

Paris, à 77k, ne domine pas autant qu'on pourrait le croire. L'écart Paris-Lyon n'est que de 10 %. Ce qui confirme une tendance amorcée depuis fin 2025 : la data science est la stack la plus « géographiquement aplatie » en termes de rémunération.

L'expérience paie, mais combien exactement ?

Tranche d'expérience Salaire médian
Junior (0-2 ans) 53 564 €
Mid (3-5 ans) 64 974 €
Senior (6-10 ans) 76 576 €
Staff (11+ ans) 89 972 €

La progression est régulière : environ +11k à +13k par palier. Un junior à 53k qui monte mécaniquement devrait atteindre 90k en une douzaine d'années.

Sauf que ce n'est pas comme ça que ça fonctionne. Les juniors à 53k sont souvent dans des structures moyennes ou grandes, sur des stacks bien rémunérées. Un junior JavaScript en startup nantaise démarre plutôt à 39-42k. La médiane cache des réalités très différentes selon la combinaison stack + région + taille de boîte. C'est d'ailleurs tout l'intérêt de notre simulateur de salaire : croiser ces trois variables pour obtenir un chiffre qui correspond à votre situation, pas à une moyenne nationale.

Et l'écart entre les niveaux d'XP varie selon la stack. Sur DevOps, un staff 11+ ans peut viser 100k+. Sur JavaScript, la progression plafonne plus vite — les profils 11+ ans affichent une médiane à peine supérieure aux 6-10 ans. Le plafond de verre JavaScript, on en parle depuis des années. Les données de mai 2026 n'y changent rien.

JavaScript : le paradoxe volume/salaire persiste

JavaScript, c'est le moteur du recrutement tech français. 966 offres en mai, soit 13,7 % du total. Loin devant DevOps (744) et Data Science (654).

Mais la médiane salariale stagne à 50 000 €. C'est la quatrième valeur la plus basse parmi les stacks trackées. Seuls PHP, C# et Ruby font moins — et encore, le volume d'offres n'y est pas comparable.

Par région :

Région JavaScript médian
Paris 60 000 €
Lyon 52 500 €
Toulouse 48 750 €
Nantes 47 000 €

Le développeur JavaScript parisien gagne 27 % de plus que son homologue nantais. C'est moins que l'écart DevOps, mais ça reste significatif.

Un signal intéressant : les offres JavaScript « full-stack » (React + Node ou Vue + Express) affichent des salaires légèrement supérieurs aux offres purement front-end. L'hybridation paie, littéralement.

Le cas des développeurs JavaScript seniors

Ce qui est remarquable dans les données JavaScript, c'est la compression salariale après 6-7 ans d'expérience. Sur les autres stacks, passer de mid à senior se traduit par un bond de 12 à 15k. Sur JavaScript, le gain se tasse autour de 7-8k. Un développeur JavaScript senior à Paris avec 8 ans d'XP vise 73k médian — pas si loin d'un mid avec 4 ans qui est déjà à 60k en scaleup.

La raison probable : l'offre de développeurs JavaScript expérimentés est tout simplement massive. Quand la moitié du parc informatique français tourne sur React ou Vue, le pool de candidats est gigantesque. Les entreprises n'ont pas besoin de surenchérir pour attirer des profils senior JS comme elles le font pour un DevOps ou un ingénieur Rust. Le rapport de force joue en défaveur du candidat.

Pour ceux qui cherchent à sortir de cette compression, les pistes sont connues : pivoter vers TypeScript pur (les offres TypeScript strictes affichent +5 à 8 % par rapport au JS généraliste), se positionner sur de l'architecture front ou du lead technique, ou bifurquer vers une stack back-end à forte demande. Quelques développeurs JavaScript que je croise dans les meetups parisiens ont fait le saut vers Go ou Rust ces derniers mois — pas tant par passion pour ces langages que par lecture froide des données salariales.

Les signaux faibles de mai 2026

Go reste discret mais lucratif. 80 offres sur le mois, médiane à 59 511 €. C'est 19 % de plus que JavaScript. Le ratio offres/salaire de Go en fait probablement le meilleur compromis du marché pour quelqu'un qui cherche un repositionnement stack.

Rust explose en salaire, pas en volume. 33 offres, 80k de médiane. Le profil type recruté en Rust est un senior, souvent issu du C++ ou de l'embedded, qui négocie sur une base déjà haute. Les juniors Rust existent sur le papier — dans les faits, les recruteurs veulent des gens qui ont déjà du Rust en production.

Le public recrute, mais ne chiffre pas. 2 462 offres viennent de France Travail/emploi public. Quasiment aucune ne mentionne de fourchette salariale. Ce trou noir dans les données biaise toute analyse nationale : on ne sait pas réellement ce que paie l'IT publique en 2026, au-delà des grilles officielles que personne ne consulte.

Le remote recule encore. 19 offres affichées comme full remote sur 7 039. On est passé d'un tiers des offres tech en 2022 à moins de 3 % en 2026. Le sujet n'est plus un argument de recrutement — c'est un acquis en voie de disparition dans la majorité des entreprises françaises. Les exceptions existent (scale-ups remote-first, quelques éditeurs SaaS), mais elles ne font plus la norme.

Python se maintient dans la zone médiane. 259 offres, 55k de médiane. Ce qui distingue Python des autres stacks « intermédiaires » (Java, JavaScript), c'est la variété des profils recrutés. Un développeur Python en web (Django, FastAPI) et un ingénieur machine learning qui code en Python n'ont ni le même salaire ni le même marché. La médiane à 55k agrège ces deux mondes très différents. Le Python « data/ML » tire vers 65-70k, le Python « web/backend » plafonne plus bas, autour de 48-52k. C'est la stack où le contexte d'utilisation pèse presque autant que la maîtrise technique.

Le secteur public pèse lourd dans les volumes. Avec 2 462 offres (35 % du total), France Travail/emploi public représente plus d'un tiers de notre base. Supprimer ces offres des comptages changerait radicalement la photographie : le volume JavaScript chuterait, le ratio offres avec salaire remonterait mécaniquement au-dessus de 25 %, et la répartition géographique pencherait encore plus vers Paris. On a fait le choix de tout garder pour refléter la réalité du marché, pas uniquement celle du privé. Mais si vous êtes développeur dans le privé, gardez en tête que vos options sont plus concentrées que ce que le chiffre brut de 7 039 suggère.

Ce que mai nous apprend pour la suite

Pas de bouleversement ce mois-ci. Le marché tech français en 2026 se lit comme une partition à deux vitesses : des stacks très demandées et moyennement payées (JavaScript, Java, PHP), et des stacks de niche avec des médianes bien au-dessus du marché (Rust, Go, Data Science).

Trois points à retenir pour juin :

La taille de la boîte reste le premier levier salarial, devant la stack et l'expérience — notre analyse sur l'impact de la taille d'entreprise détaille ce mécanisme. Paris domine encore en valeur absolue, mais l'écart se tasse sur la data science et le DevOps senior. Le full remote a probablement atteint son point bas — il ne peut plus reculer beaucoup sans disparaître totalement des radars.

On met à jour ces données chaque mois. Si vous voulez une estimation personnalisée qui croise votre stack, votre ville, votre XP et la taille de votre boîte, le simulateur de salaire est là pour ça — gratuit, basé sur ces mêmes 7 039 offres.


Méthodologie : données collectées du 1er au 31 mai 2026 via Welcome to the Jungle (4 484 offres), France Travail (2 462), LinkedIn (33), Glassdoor (27), et remontées directes (33). Les salaires médians sont calculés sur la moyenne des fourchettes min/max affichées. Les offres sans fourchette salariale ne sont pas incluses dans les calculs de rémunération, mais sont comptabilisées dans les volumes.