Fin avril 2026 : bilan du marché tech France — qui cache ses salaires, qui paye vraiment (4 171 offres décryptées)
Fin avril 2026 : bilan du marché tech France
Ce bilan couvre les 4 171 offres d'emploi tech collectées entre le 20 et le 29 avril 2026, toutes sources confondues — Welcome to the Jungle (2 613 offres), France Travail / emploi public (1 465), et un mix LinkedIn, Glassdoor, annonces directes (93). C'est l'image du marché à l'instant T. Pas une projection. Pas un sondage. Des données brutes.
Un chiffre d'entrée pour cadrer la discussion : 536 offres affichent un salaire exploitable sur 4 171 analysées. Soit 12,8 %. Le reste ? Silence radio, "selon profil", ou une fourchette si large qu'elle ne vaut rien (une offre affichait 64 € – 60 000 000 € cette semaine — probablement une erreur de saisie, mais symptomatique d'un système qui n'a pas été conçu pour la transparence).
On décortique ici ce que les chiffres révèlent, stack par stack, employeur par employeur. Et parfois, ce qu'ils taisent dit autant que ce qu'ils montrent.
1. L'opacité salariale : une carte de la méfiance
La première donnée utile n'est pas le salaire médian — c'est le taux de transparence. Combien d'offres, par stack, affichent une fourchette sérieuse ?
| Stack | Offres totales | Offres avec salaire | Taux de transparence | Salaire médian affiché |
|---|---|---|---|---|
| PHP | 33 | 15 | 45,5 % | 47 500 € |
| Ruby | 19 | 8 | 42,1 % | 57 500 € |
| Java | 152 | 44 | 28,9 % | 46 250 € |
| Python | 107 | 25 | 23,4 % | 47 500 € |
| JavaScript | 315 | 72 | 22,9 % | 47 750 € |
| Data Engineering | 116 | 24 | 20,7 % | 54 250 € |
| DevOps | 269 | 48 | 17,8 % | 51 750 € |
| Go | 25 | 4 | 16,0 % | 42 000 € |
| Data Science | 262 | 27 | 10,3 % | 57 500 € |
PHP et Ruby, en tête de transparence. C'est contre-intuitif. On associe ces stacks à des usages "anciens" — e-commerce, CMS, applications web legacy — et pourtant leurs recruteurs jouent le jeu de l'affichage salarial bien plus souvent que les chasseurs de talents DevOps ou data.
L'explication probable : PHP et Ruby recrutent surtout des PME et des agences digitales qui n'ont pas les ressources RH pour jouer sur l'opacité. Pas de "salary band confidential" dans une agence de 15 personnes à Nantes. Le salaire, on le donne direct, sinon le candidat passe à l'offre suivante.
À l'inverse, data science affiche le taux de transparence le plus bas : 10,3 %. Une offre sur dix. Sur 262 annonces data scientist collectées cette semaine, 235 ne mentionnent pas le salaire — ou mentionnent une fourchette tellement large qu'on l'a exclue du calcul. C'est un paradoxe, parce que les data scientists sont parmi les mieux payés du marché (57 500 € médian quand ils affichent). Mais les employeurs semblent parier sur une demande suffisamment forte pour se permettre de négocier au cas par cas.
DevOps se comporte de manière similaire : 17,8 % de transparence pour la deuxième stack la mieux rémunérée du panel. Les candidats DevOps négocient souvent à l'aveugle.
2. Ce que cache la data science
La data science est le segment qui mérite le plus d'attention ce mois-ci. Non pas pour ses salaires — on en a déjà parlé ici dans l'analyse des 3 807 offres — mais pour sa structure de marché atypique.
Parmi les 262 offres data scientist de la semaine :
- 59 % sont des CDI — contre 89 % pour JavaScript, 88 % pour Java
- 23 % sont des alternances — le ratio le plus élevé de toutes les stacks analysées
- 11 % sont des stages
Ça veut dire quoi concrètement ? Que le marché data science recrute massivement des profils en formation. Un quart des annonces data scientist s'adressent à des alternants, pas à des professionnels confirmés. Les entreprises cherchent à former en interne plutôt qu'à débaucher — probablement parce que les profils confirmés ont des prétentions salariales que beaucoup de boîtes ne veulent pas assumer.
C'est cohérent avec les employeurs qu'on retrouve dans ce segment. Thales domine largement avec 54 offres DevOps + data science combinées, suivi du Groupe SII (19 offres), Sopra Steria (15), Groupe Crédit Agricole (12), et Civils de la Défense / Ministère des Armées (12 également).
Des grands groupes, des ESN, une administration. Pas des startups qui paient des packages agressifs. Le marché data science est encore très capté par des structures qui ont des grilles salariales contraintes et une culture de la discrétion salariale héritée du siècle dernier.
3. Qui recrute vraiment — et à quel prix
Un aparté sur les données emploi public s'impose. France Travail représente 1 465 des 4 171 offres collectées ce mois-ci. Soit 35 % du volume total. Et sur ces 1 465 annonces : zéro offre avec salaire affiché exploitable. Aucune. Le secteur public ne joue pas le jeu de la transparence salariale, même en 2026, même avec la directive européenne qui s'approche.
La mécanique est rodée depuis des décennies : les grilles de la fonction publique existent, elles sont publiques en théorie, mais personne ne les cite dans les annonces. Le candidat doit savoir chercher dans les textes réglementaires pour convertir un indice de rémunération en euros bruts mensuels. C'est obscur par design, pas par négligence.
Quand on filtre pour garder uniquement les employeurs privés avec salaire affiché, les tops employeurs WTTJ cette semaine sur les stacks DevOps et data science sont :
Mistral AI (7 offres) et Scaleway (7 offres) — deux acteurs français du cloud/IA qui recrutent activement et affichent systématiquement leurs fourchettes. C'est notable dans un segment où la moyenne dépasse à peine 10 % de transparence. Ces deux boîtes ont fait de la transparence salariale un argument de recrutement assumé. Pas de la vertu : une stratégie pour attirer des profils qui ont d'autres options.
Capgemini (11 offres) joue la transparence partielle : certaines offres affichent, d'autres non. Dépend du BU, probablement. On retrouve là la réalité des ESN : des centaines de BU avec des politiques locales, sans cohérence groupe.
Safran et Société Générale (7 offres chacun) restent majoritairement opaques sur les salaires. Culture grands groupes, négociation en chambre.
Il y a un point que j'aurais du mal à quantifier proprement mais qui ressort des données qualitatives : les entreprises qui affichent leurs salaires ont en général des délais de recrutement plus courts. Logique — le candidat ne perd pas une semaine à découvrir en entretien final que la fourchette est 20 % en dessous de ses attentes. L'information en amont filtre et accélère. Mais c'est une économie que beaucoup de DRH n'ont pas encore intégrée dans leurs process.
4. Paris : avantage réel, mais mesurable
L'avantage salarial parisien sur les autres stacks est documenté. Mais les chiffres exacts de cette semaine méritent d'être posés clairement.
Sur les offres avec salaire affiché et fourchette sérieuse :
- Paris : médiane à 60 000 € — 161 offres exploitables
- Toulouse : médiane à 48 750 € — 28 offres
- Marseille : médiane à 47 000 € — 13 offres
- Nantes : médiane à 46 999 € — 20 offres
- Bordeaux : médiane à 46 500 € — 24 offres
- Lyon : médiane à 45 000 € — 31 offres
- Lille : médiane à 44 500 € — 18 offres
L'écart Paris / Lyon est de +33 %. Paris / Lille : +35 %. Ce sont des écarts importants, mais pas insensés quand on sait que le loyer médian parisien est à peu près 2× celui de Lyon. La prime parisienne existe — elle compense partiellement, pas totalement. On a montré les limites de cette prime dans un article dédié.
Ce qui est plus intéressant : Toulouse se positionne systématiquement au-dessus de Lyon et Nantes sur plusieurs stacks. Ce n'est pas un artefact de cette semaine — c'est une tendance qu'on observe depuis le début du mois. L'aérospatiale, Airbus, le tissu de sous-traitants de défense : Toulouse tire ses salaires tech vers le haut via des secteurs industriels qui ont des budgets différents des agences web.
5. DevOps : la stack qui cache le plus ses vrais plafonds
DevOps, 17,8 % de transparence, médiane affichée à 51 750 €. Ça semble honorable. Mais la dispersion est violente.
Sur les 48 offres DevOps avec salaire propre, la fourchette va de 30 894 € à 125 000 €. Amplitude de 94 000 €. C'est le signe d'un marché très hétérogène : des postes "admin système qui fait un peu de CI/CD" à 32K dans une PME de province, et des postes "SRE platform engineering, multi-cloud, Kubernetes en prod" à 120K+ dans une scaleup parisienne. Même étiquette "DevOps", mondes entièrement différents.
La médiane ne dit rien ici. Ce qui compte, c'est de savoir dans quel cluster vous vous situez.
La comparaison avec data engineering est instructive. Data engineering affiche une médiane de 54 250 € sur 24 offres propres — légèrement au-dessus de DevOps, avec une dispersion plus resserrée (39 000 € – 120 000 €). Les data engineers semblent moins exposés à la bifurcation junior/senior que les DevOps. Probablement parce que "data engineer" désigne un profil plus homogène dans les faits — on attend du SQL avancé, du Python, de l'orchestration, un peu de cloud. Le scope est balisé. DevOps peut désigner une centaine de réalités différentes selon l'entreprise.
Reste que DevOps à Paris change complètement la donne : médiane à 66 250 € sur 14 offres. C'est +28 % par rapport à la médiane nationale DevOps. Pour cette stack spécifiquement, la géographie compte plus que pour d'autres — et c'est là que la nuance sur la "prime parisienne" se complexifie : ce n'est pas Paris qui paie mieux génériquement, c'est Paris qui concentre les postes DevOps les plus qualifiés et les mieux rémunérés. Ce n'est pas la même chose.
Une digression qui vaut le détour : le terme "SRE" (Site Reliability Engineer) est en train de remplacer "DevOps" dans les intitulés haut de gamme. Nos scripts de scraping capturent encore les deux sous la même étiquette. En mai, on va affiner la distinction — il est possible que les vrais postes SRE affichent une médiane nettement supérieure aux 51 750 € de l'ensemble DevOps, et que la médiane "DevOps classique" soit plutôt autour de 44-47K. C'est une limite méthodologique à garder en tête pour ce bilan.
6. JavaScript et PHP : la compression des salaires au milieu
JavaScript est la stack la plus représentée de notre dataset : 315 offres, soit 12 % du total. C'est aussi celle qui fait le moins rêver côté rémunération.
47 750 € de médiane. C'est 20 % sous la data science, 8 % sous le DevOps. Avec 72 offres avec salaire affiché — le volume le plus élevé du panel — la statistique est solide.
La vraie curiosité, c'est PHP. 33 offres seulement dans notre dataset, mais 45,5 % d'entre elles affichent un salaire. Et la médiane, 47 500 €, est quasiment identique à celle de JavaScript. Deux stacks très différentes en termes d'image ("PHP c'est vieux", "JavaScript c'est partout"), résultats quasi-identiques sur le terrain. Le marché ne punit pas PHP autant que le narratif dev Twitter voudrait le faire croire.
Ruby fait encore plus fort : médiane à 57 500 € sur 8 offres propres. Mais 19 offres au total, c'est un échantillon trop petit pour tirer des conclusions générales. Un ou deux postes senior bien payés à Paris biaisent l'ensemble. À surveiller sur un volume plus large.
La stack Go reste à 25 offres, 4 avec salaire propre. Pas de médiane fiable. Le marché Go en France reste de niche — ce qui, historiquement, protège les salaires. Mais sans volume, impossible de le confirmer statistiquement ce mois-ci.
Pour aller plus loin sur la comparaison des stacks dans le temps, l'analyse complète des 7 stacks sur la progression salariale par expérience donne une image plus fine que les médianes statiques de ce bilan.
7. Le chiffre qu'on regarde pour le mois prochain
81 % des offres tech collectées en avril 2026 n'affichent pas de salaire. 81 %. Sur le seul périmètre Welcome to the Jungle — qui est pourtant la plateforme la plus "moderne" et la plus utilisée par les startups et scaleups — ce taux reste à 79,3 %.
La directive européenne sur la transparence salariale (applicable aux entreprises de 50+ employés à partir de 2026, avec un calendrier de mise en conformité progressif) n'a visiblement pas encore pénétré les pratiques de publication d'offres. Les RH connaissent la directive. Beaucoup d'entre eux la contournent en affichant une fourchette si large qu'elle n'apporte aucune information réelle — techniquement conforme, pratiquement inutile.
La notion de "fourchette exploitable" mérite d'être précisée. Dans notre méthodologie, on considère exploitable une offre dont l'amplitude max/min ne dépasse pas 100 % du minimum (soit une fourchette 40K-80K est acceptable, une fourchette 30K-120K est exclue comme non informative). Sur ce critère, beaucoup d'offres qui prétendent afficher un salaire sont en réalité du bruit. La vraie transparence, au sens strict, est bien inférieure au 20 % apparent.
On va surveiller ce taux mois par mois. Si on repasse sous 10 % sur data science en mai, ou si PHP/Ruby commencent à reculer sur leur taux d'affichage, ce sera un signal que quelque chose change dans la culture du marché — dans le mauvais sens.
La bonne nouvelle potentielle pour mai : plusieurs grandes ESN ont communiqué en interne sur la mise en conformité avec la directive européenne avant l'été. Si leurs pratiques d'affichage changent, ça devrait se voir dans les données WTTJ dès juin. On aura les chiffres.
Carte des salaires : récapitulatif régional par stack clé
Pour avoir une image complète, voici les médianes régionales sur les trois stacks piliers de ce blog, basées sur les offres avec salaire propre du mois d'avril :
| Région | DevOps médian | Data Science médian | JavaScript médian |
|---|---|---|---|
| Paris | 66 250 € | 57 500 € | 55 750 € |
| Toulouse | 48 000 € | n/d (<5 offres) | 44 000 € |
| Nantes | 45 500 € | n/d (<5 offres) | 43 500 € |
| Lyon | 44 000 € | 44 500 € | 42 000 € |
| Bordeaux | 44 000 € | n/d (<5 offres) | 41 500 € |
| Lille | 43 000 € | n/d (<5 offres) | 41 000 € |
Les cases "n/d" signalent un volume insuffisant pour une médiane fiable (moins de 5 offres avec salaire propre). Le marché data science hors Paris et Lyon est, en pratique, trop peu représenté dans les annonces affichant un salaire pour produire des statistiques régionales robustes. Ce qui ne veut pas dire que les postes n'existent pas — ils n'affichent juste pas leur prix.
La ligne de fond : si vous êtes data scientist en province, vous négociez à l'aveugle à peu près partout sauf à Paris et Lyon. C'est inconfortable mais c'est la réalité du marché tel qu'il se publie aujourd'hui.
Synthèse du mois d'avril 2026
Pour ceux qui veulent l'essentiel en une lecture rapide :
Volume : 4 171 offres collectées, dont 2 613 WTTJ, 1 465 emploi public. 536 offres avec salaire exploitable (12,8 %).
Stacks les mieux payées (médiane sur offres avec salaire) : data science et ruby ex-aequo à 57 500 €, data engineering à 54 250 €, devops à 51 750 €.
Stacks les plus transparentes : PHP (45,5 %), Ruby (42,1 %), Java (28,9 %). Data science dernière : 10,3 %.
Géographie : Paris à 60 000 € de médiane, soit +33 % vs Lyon. Toulouse dépasse régulièrement Lyon sur les salaires, grâce à l'aérospatiale.
Contrats : CDI massif (81 %), mais data science atypique avec 23 % d'alternances.
Grands recruteurs : Thales domine en volume sur DevOps + data science. Mistral AI et Scaleway en tête sur la transparence salariale.
La tendance de fond reste la même qu'en début de mois : le marché tech français 2026 est un marché d'asymétrie d'information. Les candidats qui savent chercher les données ont un avantage structurel sur ceux qui négocient à l'instinct. Ce bilan mensuel est un outil dans cette direction.
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Données collectées du 20 au 29 avril 2026. Sources : Welcome to the Jungle (API publique), France Travail, LinkedIn, Glassdoor. Méthode : médiane des points médians de fourchette (salary_min + salary_max / 2). Offres avec salary_min < 25 000 € ou salary_max > 200 000 € exclues comme anomalies.