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Transparence salaires tech par stack, région et expérience

Bilan fin avril – début mai 2026 : 4 650 offres tech en France, le DevOps explose, la data science stagne et personne n'affiche son salaire

Publié le 2026-05-03 • Mots-clés:

Bilan fin avril – début mai 2026 : le marché tech français en 4 650 offres

Deux semaines de scraping intensif. 4 650 offres agrégées depuis le 20 avril — Welcome to the Jungle, France Travail, LinkedIn, Glassdoor, contributions directes. Le dataset commence à peser. Et ce qu'il raconte n'a rien de réconfortant pour ceux qui pensaient que le marché tech français allait se normaliser tout seul.

Je vais être direct : les tendances de cette quinzaine confirment trois choses que beaucoup refusent d'entendre.

Le DevOps est la stack la mieux payée du marché français. Point.

Sur l'ensemble de notre base, le DevOps affiche une médiane salariale de 55 000 € brut annuel (81 offres avec fourchette). À Paris, on monte à 62 500 €. Lyon ? 74 988 € — oui, plus qu'à Paris. J'y reviens.

Sur la dernière semaine (27 avril – 3 mai), 113 nouvelles offres DevOps sont tombées. Dont 17 avec un salaire affiché, médiane à 51 000 €. Paris concentre 31 de ces offres, mais la province reste dynamique : Lyon (10), Nantes (6), Lille (4).

Le DevOps est devenu le profil que tout le monde veut et que peu de gens forment. Les bootcamps continuent de cracher des développeurs fullstack JavaScript — le marché, lui, veut des gens qui savent gérer un cluster Kubernetes à 3h du matin. Décalage.

La data science ne paie pas (autant qu'on le croit)

Médiane globale data science : 57 500 € sur l'ensemble de la base. Ça semble correct. Sauf que sur les offres fraîches de la semaine, la médiane chute à 46 000 € (11 offres avec fourchette sur 134 publiées).

Deux lectures possibles. Soit les offres récentes visent des profils plus juniors. Soit les employeurs commencent à réaliser que coller "data scientist" sur une fiche de poste ne justifie plus automatiquement un budget premium. Je penche pour la deuxième hypothèse : beaucoup d'offres estampillées "data science" cette semaine sont en réalité des postes d'analyste SQL avec un titre gonflé.

134 offres data science en une semaine, c'est du volume. Mais 82 tombent dans la catégorie "hors grandes villes" — comprendre : des ESN qui staffent en province pour des missions client à Paris. Le jeu est connu.

Le tableau qui résume tout

Stack Médiane globale Médiane Paris Volume semaine Offres avec salaire (semaine)
DevOps 55 000 € 62 500 € 113 17 (15 %)
Data Science 57 500 € 54 522 € 134 11 (8,2 %)
JavaScript 47 750 € 55 000 € 174 22 (12,6 %)
Python 52 498 € 59 000 € 41 5 (12,2 %)
Java 48 500 € 54 000 € 130 14 (10,8 %)
Data Engineering 54 250 € 57 7 (12,3 %)

La colonne de droite est un scandale silencieux. Sur 1 366 offres publiées cette semaine, 151 affichent un salaire. Soit 11,1 %. On est en 2026, la directive européenne sur la transparence salariale est en route, et neuf offres sur dix cachent encore la rémunération.

Sopra Steria, Capgemini, Thales : le podium de l'opacité

Les trois plus gros recruteurs de la semaine. Les trois plus opaques.

Sopra Steria : 80 offres publiées. Fourchettes salariales affichées : zéro. Capgemini : 42 offres. Zéro. Thales : 31 offres. Zéro encore. CGI, Atos, même combat. Au total, les ESN et grands groupes représentent plus de 200 offres cette semaine — et pas une seule ne donne au candidat l'information la plus basique : combien le poste paie.

C'est un choix délibéré. Et je suis convaincu qu'il se retourne déjà contre eux. Les développeurs que je croise dans les meetups parisiens (le dernier en date, un Kubernetes meetup porte de Versailles il y a dix jours) disent tous la même chose : une offre sans salaire, c'est une offre qu'on ne lit pas. Les ESN recrutent en volume parce qu'elles perdent en volume.

Lyon paie plus que Paris en DevOps — et ce n'est pas un bug

Je sais, ça semble contre-intuitif. Paris médiane DevOps : 62 500 €. Lyon : 74 988 €. L'écart est réel (9 offres lyonnaises avec fourchette, donc prudence sur le volume), mais il s'explique.

Lyon concentre des postes DevOps dans des boîtes en croissance — des scaleups, du SaaS B2B — qui recrutent des profils seniors avec 8-12 ans d'expérience. Paris, avec son volume plus large, dilue la médiane en intégrant davantage de profils intermédiaires. Le poste DevOps "confirmé 3-5 ans" à 48k chez une ESN parisienne tire la moyenne vers le bas.

Même pattern en data science d'ailleurs : Lyon à 72 688 €, Paris à 54 522 €. Les médianes parisiennes souffrent de l'effet volume. Ça ne veut pas dire que Paris paie mal — ça veut dire que Paris recrute beaucoup plus de profils juniors et mid-level.

Le remote, ce mirage

Sur les 1 366 offres de la semaine : - 61,5 % ne mentionnent même pas la politique remote (classé "unknown") - 24,4 % proposent du télétravail partiel - 7,1 % exigent du 100 % présentiel - 1,6 % offrent du full remote

22 offres full remote. Sur 1 366. En 2026.

Les entreprises tech françaises ont massivement fait marche arrière par rapport à la période 2020-2022. Le full remote est devenu l'exception, pas la norme. Et la majorité des employeurs ne prend même pas la peine de clarifier leur position — ce qui, en soi, en dit long.

Un truc m'agace en particulier dans ces données. La catégorie "punctual" — le remote "ponctuel", 5,4 % des offres — est un non-dit corporate pour dire "tu pourras bosser de chez toi le jour où le plombier passe, mais c'est tout". Ce n'est pas du télétravail. C'est un arrangement de convenance que les RH emballent comme un avantage. J'ai failli ne pas le mentionner, mais c'est précisément le genre de détail que les données révèlent et que les fiches de poste noient dans le jargon.

JavaScript : volume roi, salaire en berne

174 nouvelles offres JavaScript cette semaine, c'est le stack le plus actif en volume brut. Mais la médiane hebdomadaire descend à 45 250 € (contre 47 750 € en globale). Le framework n'est pas en cause — c'est la loi de l'offre et la demande. Trop de développeurs JavaScript sur le marché. Trop de bootcamps qui forment des cohortes React/Node. Le résultat : les employeurs savent qu'ils peuvent tirer les prix vers le bas.

Comparaison cruelle : un dev JavaScript à Paris est à 55 000 € médian. Un DevOps dans la même ville : 62 500 €. L'écart de 7 500 € reflète exactement la différence de rareté entre les deux profils.

Pour ceux qui cherchent un effet de levier salarial, la transition vers le DevOps ou le data engineering (54 250 € médian) reste le mouvement le plus rationnel. Le JavaScript ne va pas disparaître — mais son pouvoir de négociation, lui, continue de s'éroder.

Nantes et Toulouse : les outsiders qui montent

Nantes place 62 offres cette semaine. Toulouse, 40. Ce sont des volumes modestes face aux 329 de Paris, mais les salaires y surprennent. Java à Nantes : médiane à 59 172 € sur 14 offres — plus que Paris (54 000 €). DevOps à Toulouse : 55 716 € sur 11 offres. Le coût de la vie plus bas rend ces chiffres encore plus attractifs en pouvoir d'achat réel.

Les boîtes nantaises comme Externatic (12 offres cette semaine, un cabinet spécialisé tech) commencent à structurer un écosystème local qui ne dépend plus de Paris pour fixer les standards salariaux. La tendance est timide mais elle existe. Bordeaux, en revanche, reste à la traîne : médiane globale à 45 500 €, nettement sous la moyenne nationale. Le marché bordelais manque encore de la densité de startups qui tire les salaires vers le haut dans les autres métropoles.

Alternance et stages : le volume caché

344 offres en alternance et 134 stages dans la base. Presque 10 % du total. Ces postes biaisent parfois les analyses globales — un "data scientist en alternance" à 15k n'a rien à voir avec un CDI senior. On les exclut de nos calculs de médiane salariale, mais leur présence massive dit quelque chose : les entreprises forment. C'est plutôt bon signe pour le marché à 18-24 mois.

Détail qui a attiré mon attention : les offres d'alternance data engineering sont proportionnellement plus nombreuses qu'en data science. Le marché forme déjà la prochaine vague de profils qui seront demandés d'ici 2028. Les alternants data engineers d'aujourd'hui seront les profils à 55-65k de 2028-2029. Si vous hésitez entre deux alternances, choisissez celle qui vous met les mains dans le pipeline plutôt que dans le notebook.

Ce que je retiens de cette quinzaine

Le marché tech français recrute. Fort. 4 650 offres en deux semaines, c'est du volume sérieux. Mais il recrute mal — dans le sens où il refuse de jouer le jeu de la transparence.

La vraie donnée à retenir : 16,3 % des offres affichent un salaire, et cette proportion baisse sur les offres les plus récentes (11,1 % cette semaine). La tendance va dans le mauvais sens. Le marché se referme au lieu de s'ouvrir.

Si vous négociez un poste en ce moment, les chiffres sont là. DevOps senior à Paris : visez 62k minimum, 70k+ est faisable. Data scientist : ne descendez pas sous 55k en CDI sauf si l'equity compense. Développeur JavaScript : 50k à Paris est le plancher, pas le plafond — ne laissez personne vous convaincre du contraire.

La semaine prochaine, on creuse les écarts par taille d'entreprise. Les startups early-stage paient-elles vraiment moins que les grands groupes ? Spoiler : les données disent le contraire de ce qu'on pense. Testez votre positionnement avec notre simulateur salaire par stack et région pour voir où vous vous situez dans la distribution.

Données issues de 4 650 offres agrégées entre le 20 avril et le 3 mai 2026. Sources : Welcome to the Jungle (2 873 offres), France Travail (1 684), LinkedIn, Glassdoor et contributions directes (93). Méthodologie détaillée dans notre article sur la cartographie des salaires tech en France. Pour comprendre les écarts Paris-province, voir aussi notre duel Paris vs Lyon.